Stabiliser les traumatismes sous les bombes

10 octobre 2025
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Mission humanitaire d’un psychopraticien IEPRA, venu transmettre des outils puissants au psys et thérapeutes en Ukraine

Un voyage bouleversant au cœur du chaos, où l’EFT, REMAP, TRE et l’ancrage dans le Self deviennent des leviers de stabilisation face au traumatisme extrême.

Introduction

Chez IEPRA, nous formons des thérapeutes capables d’intervenir dans les contextes les plus exigeants, en alliant efficacité clinique, humanité et sécurité intérieure — y compris dans des situations extrêmes comme la thérapie du trauma en zone de guerre. Ce témoignage exceptionnel, rédigé par l’un de nos anciens étudiants, Mickael Fromeyer, vous plonge dans une mission humanitaire en Ukraine, au cœur du conflit, où il a pu transmettre des outils de stabilisation somato-cognitive à des psychologues et professionnels locaux, tout en accompagnant personnellement des personnes touchées par la guerre.

À travers ce récit profondément humain, il partage ses expériences, ses doutes, ses réussites, et les adaptations nécessaires lorsqu’on veut transmettre des outils de stabilisation somato-cognitive — comme l’EFT, le REMAP ou les TRE — en plein chaos.

Nous vous partageons ici son expérience dont il décrit :

  • Les défis spécifiques du travail thérapeutique en contexte de guerre
  • L’évolution des besoins psychologiques sur le terrain
  • Des conseils concrets pour enseigner les outils de stabilisation à des publics traumatisés
  • L’impact immédiat d’outils comme l’EFT, REMAP, TRE et SEB dans des situations extrêmes
  • Des réflexions humaines, touchantes, parfois bouleversantes.

Son récit bouleversant est aussi un vibrant témoignage de la pertinence de l’approche intégrative de l’IEPRA : une approche où douceur, puissance, clarté du cadre et humanité profonde sont les piliers d’un accompagnement réellement transformateur, même au cœur du chaos.

 

Témoignage de terrain : une mission thérapeutique en Ukraine

Dans les lignes qui suivent, nous vous proposons de découvrir le témoignage brut et inspirant d’un ancien étudiant d’IEPRA, psychopraticien engagé bénévolement en Ukraine. À travers ce récit profondément humain, il partage ses expériences, ses doutes, ses réussites, et les adaptations nécessaires lorsqu’on veut transmettre nos outils thérapeutiques en plein chaos.

Avant d’entrer dans le déroulé des ateliers, l’auteur partage ici les réalités rencontrées sur place, entre résilience quotidienne et tension constante liée aux bombardements.

Article :

Je tiens à rédiger ces quelques pages afin de partager les points clés et l’expérience retenue de ma mission humanitaire à Kiev (Ukraine) en mai 2025, en situation de guerre.

Je propose d’explorer plusieurs thèmes pour parcourir les enseignements et expériences que j’ai pu tirer :

  • Psychologues VS thérapeutes : évolution de la pratique après 3 ans de guerre
  • Ateliers EFT clinique, REMAP, stabilisation… Conseils pour enseigner nos techniques au mieux
  • Retours d’expériences en tant que thérapeute
  • Application de nos techniques en situation réelle de bombardement
  • Partage de quelques observations et impressions personnelles

Contexte de la mission

 

Le combat mené par l’Ukraine aux portes de l’Europe me tenait particulièrement à cœur pour de nombreuses raisons personnelles, et étant conscient du manque de ressources dans le pays, j’avais pour intention de poser ma pierre à l’édifice en luttant non pas sur un champ de bataille, mais avec nos outils pour ramener de la paix aux victimes de guerre en tous genres. Pour y parvenir, l’idée était de chercher un effet pyramidal en partageant au maximum nos techniques avec des thérapeutes locaux et autres professionnels de la santé, qui pourront à leur tour toucher un maximum de clients/patients et pourquoi pas former d’autres pairs à leur tour. La réalité du terrain m’a apporté son lot de surprises…

Situation sur place

Lors de différents échanges à mon retour, on me demandait si la ville n’était pas totalement en ruines, comme un véritable champ de bataille, mais si c’est bien le cas pour d’autres villes plus proches du front, ce n’est heureusement pas la réalité du terrain à Kiev qui reste malgré tout la cible numéro 1 d’attaques quotidiennes et parfois très intenses (jusqu’à plus de 400 drones envoyés certains jours), majoritairement stoppées par les défenses anti-aériennes. Le mémorial (petite partie visible sur la photo de droite) sur la place de l’indépendance donne une vague idée de l’étendue des pertes jusqu’à présent et de l’implication de nombreux pays dans la guerre.

Avec une superficie de 839km² pour ses près de 3 millions d’habitants, et une agglomération de 12 300km², Kiev est répartie sur une zone très étendue et avec une densité relativement faible pour une capitale (~3 600 habitants au km² contre ~20 000 pour Paris[1]).

En sachant qu’elle est suffisamment loin de la ligne de front (environ 300 km de Sumy ou 240 km de la frontière Russe la plus proche), les attaques d’artillerie sont impossibles depuis que l’armée russe s’est retirée du côté de la frontière biélorusse.

Du côté des drones, la grande majorité est interceptée ou abattue en vol, même si ceux qui sont abattus tombent tout de même souvent sur des habitations ou autres bâtiments, ce qui cause de lourds dégâts même sans explosion et déclenche souvent des incendies. Enfin quelques drones passent entre les mailles du filet et atteignent bien souvent des cibles civiles.

Enfin pour les missiles, on peut soit noter les hypersoniques qui ne laissent aucun temps d’alerte et tombent avant de pouvoir avertir la population, mais ces derniers sont extrêmement chers et ont surtout eu un rôle d’intimidation jusqu’à présent, restant encore « relativement peu » utilisés dans l’ensemble. Les autres laissent généralement le temps d’être identifiés et des groupes sur Telegram informent en temps réel des attaques, des temps de décollage et localisation de bombardiers Russes dès l’identification par l’armée, permettant de presque toujours savoir quel type de menace suit chaque alarme aérienne. En contrepartie, si les missiles à longue portée peuvent être « anticipés » dans une certaine mesure, ils peuvent très difficilement être stoppés. Nous parlons de grands missiles avec une forte charge explosive et surtout qui tombent à pic d’une haute altitude. Ils vont donc forcément atteindre leurs cibles, mêmes s’ils sont explosés en vol.

En sachant tout cela, on observe qu’en cas d’alerte en journée, la plupart des gens ne semblent pas y porter attention et continuent leur vie comme si rien ne changeait, tandis que certains (que je n’ai pas pu voir à ces moments, car j’étais à chaque fois soit déjà en sous-sol pour une formation, soit à l’écart d’une station de métro) préfèrent se réfugier au cas où.

La nuit est toutefois beaucoup plus propice aux attaques, avec régulièrement des drones par dizaines voire par centaines pour marquer des moments ‘importants’ (fêtes religieuses[2], tentatives d’accord de paix[3], etc…).

Tout cela pour dire qu’en partant aux alentours de Pâques et à l’entrée dans les négociations de l’équipe de Trump, je m’attendais à vivre probablement une ou deux attaques massives, mais dans un hôtel en périphérie donc en réduisant fortement les risques balistiques, et tout en restant dans une sécurité relative pour l’ensemble du séjour. Tout pris en considération, je me sentais plutôt prêt dans l’ensemble. En termes de vécu, si le stress d’entrer en pays en guerre était élevé au tout début, le fait d’être entouré de gens « habitués » à la situation (et souvent détendus même lors d’alertes aériennes) aidait à me ‘coréguler’ vers un état plus léger dans l’ensemble.

Le plus lourd de mon stress était finalement plutôt lié à la charge de travail et la difficulté de m’en sortir personnellement en étant seul dans un pays très peu anglophone et avec mon niveau très rudimentaire en ukrainien comme en russe.

 

Psychologues vs thérapeutes : évolution de la pratique après 3 ans de guerre

 

Ma plus grande surprise fut de réaliser à quel point la thérapie était encore à ses balbutiements en Ukraine, que ce soit par mon expérience personnelle ou par le biais d’échanges avec d’autres thérapeutes et organismes ayant engagé la même démarche avant moi. J’ai rencontré au total une trentaine de psychologues sur place, et très peu avaient des notions en accompagnement thérapeutique en dehors de la pratique pure et forcée par la nécessité. Certains étaient bénévoles dans des associations, civiles et/ou militaires, et en contact avec de larges populations hautement traumatisées. Chacun faisait de son mieux et avait des outils à disposition (parfois de l’art thérapie, certains initiés à l’EMDR, mais dans l’ensemble beaucoup de notions étaient peu ou pas connues, ne serait-ce que dans la compréhension du traumatisme, comment il se forme, qu’est-ce que la dissociation, un trauma simple ou complexe, etc…

Mon constat était que les Ukrainiens ont déjà un sous-nombre de psychologues eux-mêmes peu équipés voire pas du tout formés en accompagnement thérapeutique. On remarque que le besoin de soutien est de plus en plus reconnu, mais une forme de fatalisme prend parfois le dessus, en abandonnant l’idée qu’il puisse y avoir un mieux, d’autant que la guerre bat son plein et que les attaques sur les zones civiles se succèdent, maintenant un climat de terreur qui va difficilement permettre aux vétérans de se remettre.

Sur une population de 38 Millions en 2024 (44M en 2021), on m’a estimé environ 12 M qui seraient en fort besoin de soutien thérapeutique si la guerre s’arrêtait demain, soit environ une personne sur 3. Lorsqu’on voit les difficultés déjà chez nous (France, Belgique ou Luxembourg) de trouver du soutien psychologique avec prise en charge thérapeutique, sans parler de l’accessibilité, la thérapie commençant seulement à être bien remboursée au Luxembourg, et l’étant de façon très limitée en France, on peut imaginer la difficulté à s’en sortir dans un pays dans lequel le traumatisme était encore récemment un sujet assez tabou. Ce tabou explique aussi tristement selon moi le manque de thérapeutes dans le pays et la difficulté à franchir le cap.

Pour donner une idée de l’état de l’armée, j’ai appris que certains bataillons de 700 soldats n’avaient dans leur rang qu’un seul médecin de terrain (combat medic), et on ne parle ici que du personnel de premiers secours médical, eux-mêmes parfois trop peu formés. Dans cette même logique, le soutien psychologique est inexistant ou presque près des lignes de front (qui s’étendent sur plusieurs milliers de km), et même plus en retrait les évaluations psychologiques sont difficiles, avec peu de personnel formé. De nombreux civils ont été enrôlés de force et simulent des états dépressifs car certaines maladies mentales comme les troubles bipolaires peuvent exempter du service militaire, ce qui fait que les suspicions planent et les personnes véritablement les plus à risques sont parfois plus difficiles à identifier. À tel point que l’armée s’oriente progressivement vers des solutions assistées par l’IA pour identifier au plus vite les personnels à risque d’épisodes dépressifs et donc à extraire au plus vite. Ces IA pourraient déceler les pathologies et les niveaux de stress effectifs en analysant le non-verbal. J’ai pu assister à une présentation à destination des psychologues et la solution était proposée pour parer au fait que « tout le monde ment », et « on ne peut pas savoir ce qui se passe dans la tête des gens », et présentant cela comme une solution miracle pour identifier les troubles mentaux. Ma plus grande crainte avec ce type de solution (en admettant qu’elle soit réellement efficace) est qu’elle commence effectivement à être intégrée par des psychologues pour tenter de combler leurs lacunes en tant que thérapeutes, car je redoute l’effet d’une machine scrutant et décortiquant un client, mis a nu par une machine au lieu d’être accueilli par un humain qui finalement portera plus d’attention à son PC qu’à la personne en face de lui. Les risques de retraumatisation me semblent d’autant plus grands que cela va à l’encontre des principes humanistes selon moi.

 

Ateliers de formation en EFT clinique[4], REMAP[5], stabilisation rapide… Conseils pour enseigner nos techniques au mieux

 

La sécurité physique

 

Un point essentiel même pour les formations est de s’assurer que tous les participants se sentiront en sécurité, car seul un système piloté par le vagal ventral sera apte à réellement assimiler des connaissances. Certaines parts peuvent être présente à l’arrivée des participants mais nous pouvons faire des stabilisations si besoin, mais pour cela il est indispensable de s’être assuré que la sécurité physique est bien présente.

Ici, le contexte restant difficile et l’association n’ayant pas encore de centre (en construction actuellement), nous avons eu la chance de pouvoir utiliser un dojo d’aikido (cf photo) qui se trouvait d’ailleurs en sous-sol, ce qui permettait une sécurité augmentée puisque ce lieu pouvait servir de bunker en cas d’attaque. Nous avons d’ailleurs eu au moins 2 alertes aériennes le temps d’ateliers, et effectivement tout le monde se sentait en sécurité à chaque fois.

 

La sécurité des parts au départ

 

Comme nous le faisons au début des journées de formation Iepra, je recommande de toujours commencer par une pratique de méditation ou technique de stabilisation quelconque.

Avant toute pratique corporelle ou nécessitant d’identifier les ressentis physiques, je propose une méditation invitant à faire un scan corporel, et souvent j’inclus un focus sur la respiration et une connexion progressive à chaque sens. De cette manière je maximise les chances que chacun puisse expérimenter les techniques à fond et sentir au mieux la différence dans la pratique qu’offre l’atelier.

Lorsque j’enseigne d’autres techniques de stabilisation, je commence généralement par l’une d’entre elles, la cohérence cardiaque[6] (CC) étant un excellent candidat. Attention à toujours rappeler aux gens de s’écouter et ne pas forcer si un inconfort se pose, pour la CC comme pour le reste ! Pensez bien à expliquer que le fait d’amener du calme au système peut être perçu comme une menace, notamment lorsqu’il est habitué à de hauts niveaux de stress et que le fait d’amener du calme peut créer une sensation nouvelle, donc potentiellement dangereuse.

J’ai fréquemment des personnes qui tombent dans ce cas dans mes ateliers avec l’Ukraine (encore maintenant à distance), et je préfère que les gens arrêtent et s’écoutent plutôt que de forcer et se sentir mal ensuite. Il me semble important de proposer de réessayer plus tard car l’outil reste indispensable (d’autant plus si cela engendrait une activation), mais qu’il est plus important de se focaliser d’abord sur d’autres techniques qui sont efficaces dans un premier temps (et qui viendront au cours de l’atelier).

 

Alterner théorie et pratique

 

La théorie pure va endormir votre audience et ne faire que de la pratique sans rien expliquer sort du cadre d’une formation et n’est pas suffisant même s’il y a un support fourni en appoint, car le cerveau a besoin de faire des connexions. Je recommande de bien donner le temps de ressentir les choses en proposant un exercice pour chaque thème que vous aborderez, même si cela implique parfois de couvrir moins de cours que prévu.

Par exemple en expliquant la théorie polyvagale et le fonctionnement du SNA (Système Nerveux Autonome), proposez aux participants de retrouver un évènement dans lequel ils se sont trouvés en freeze, en prenant soin de noter les ressentis physiques. Faire un arrêt sur image et scanner le corps à ce moment permet de bien identifier l’état et aidera chacun à réaliser lorsqu’ils sont dans cette situation (bien que ce soit souvent difficile voire impossible avec une forte dissociation), et vous pouvez en profiter pour glisser un massage trijumeau ou du triple réchauffeur[7] pour expliquer comment sortir du freeze. Cela m’a déjà aidé avec les gens ayant eu du mal avec la CC.

 

Prévoir les imprévus dans le calme – contraintes de temps et professionnels urgentistes

 

Une contrainte majeure dans mon expérience était la gestion du temps. Lorsqu’on organise une conférence ou simplement un atelier dans notre société (en paix), tout est cadré et cela laisse assez peu d’espace à des mouvements de foule, des personnes arrivant ou partant à petit feu, ou dans le cas d’une conférence c’est peu gênant car le noyau dur des intéressés sera présent du début à la fin, quelques curieux pouvant vagabonder sans perturber la séance.

Ici, tous les gens présents étaient hautement intéressés à acquérir outils et connaissances complémentaires, mais les contraintes faisaient que souvent certains devaient partir plus tôt ou ne pouvaient assister qu’à une petite partie en cours de route. C’est une gymnastique qui peut être assez éprouvante sur de longs ateliers (mon corps me l’a bien rappelé par un lourd sommeil à l’épreuve des drones…) mais combien gratifiante !

Mon conseil ici est de rester souple en vous assurant d’être bien centrés avant la session, et prendre le temps de vous recentrer à tout moment au besoin. En Self-leadership[8], vous saurez tout simplement vous adapter et trouver ce qui apportera le plus à un maximum de monde, en jonglant avec ce que vous aviez prévu de montrer. Si une activation survient, les quelques secondes voire minutes nécessaires à vous stabiliser auront bien plus de rendement que de chercher à économiser ce temps.

Lors de mon 2ème atelier REMAP, j’avais environ 3h (officiellement 2h) avec différents publics, psychologues d’abord, et soignants ensuite (y compris une vétéran ayant été médecin de terrain). Sur une vingtaine de personnes, autour de 5 ont dû partir au milieu de la première présentation, et 3 autres sont restées au début de la deuxième. Je me suis assuré de montrer les 4 points de stabilisation d’urgence lorsque tout le monde était présent et d’expliquer le fonctionnement de base, sachant que mon support serait partagé, contenant des détails précis pour chaque point. Mes ateliers se focalisent sur une technique mais incluent des concepts de base en thérapie et des techniques de stabilisation diverses. Au début de la deuxième présentation, j’ai simplement montré d’autres techniques de stabilisation (en l’occurrence le « dos à dos » enseigné en TRE[9]), enrichissant les participants étant restés, tout en introduisant des outils également utiles pour le personnel médical qui avait rejoint.

Lors d’autres ateliers plus orientés sur l’EFT[10] par exemple, je m’assure de rapidement montrer tous les points pour bien accompagner chacun à trouver les endroits précis à tapoter, puis dans un second temps seulement je donne d’autres outils, d’autres façons de faire, les explications de masser ou simplement toucher le point si le tapotement est douloureux et que c’est plus confortable.

En revanche les consignes de sécurité restent indispensables pour tous, donc indiquer qu’il ne doit pas y avoir de douleur lors des tapotements ou massages est un must qui ne demande que peu de temps et reste une nécessité, ainsi qu’un gage de sécurité face à un public inconnu, tout particulièrement s’il y a de forts risques d’abréactions (situation de guerre = forcément un public exposé à de lourds traumas = risque élevés d’abréaction).

Cadrer et sécuriser

 

C’est peut-être un excès de zèle de ma part, mais suivant les publics (et tout particulièrement ici en situation de guerre) je préfère m’assurer de la sécurité de tous. Cela implique soit d’enseigner dès le départ le papote = tapote (points EFT de la main à stimuler lors de tout échange potentiellement activant), soit de s’assurer de limiter les partages au tout début, voire de couper les gens (toujours en restant sensible à leur vécu et en restant en lien de cœur) si les détails vont trop loin.

Lors du tout premier cours, et en l’absence de traducteurs officiels à disposition, j’avais un vétéran avec moi qui s’était proposé de faire les traductions. Non seulement un vétéran, mais surtout un ancien de Mariupol (grande ville entièrement rasée, assiégée pendant des mois, population massacrée, et les derniers soldats retranchés ont été emprisonnés, certains étant encore en Russie) qui avait été libéré lors d’un échange de prisonniers après 2 ans et demi de captivité. En dehors de lui, uniquement des psychologues, et le cadre a donc été posé de faire une session uniquement orientée vers une formation de thérapeutes, le vétéran devant rester traducteur.

Très rapidement et pour illustrer mes propos, il a commencé à citer des expériences de sa captivité, et après moins de 10 minutes dans l’atelier nous avions déjà des images de torture avec hurlement des copains qui passaient les premiers, relatées avec le plus grand calme (normalisation/dissociation). Autant dire que cela avait jeté un froid et j’étais particulièrement inquiet des activations que cela pouvait provoquer chez les autres, sachant que nous n’avions encore vu aucune technique de stabilisation. Très rapidement une des psychologues a pris le relai pour les traductions car le vocabulaire était un peu plus difficile à traduire et sa maîtrise d’un anglais plus ‘technique’ lui permettait de prendre cette position, cela a beaucoup réduit les interventions du vétéran qui semblait aussi un peu moins intéressé (à juste titre).

J’étais triste qu’il ne puisse pas réellement profiter de l’atelier et aussi qu’il soit finalement venu pour ne traduire que le tout début, et en même temps il faisait partie des organisateurs de l’atelier et le cadre a pu être préservé de cette manière. J’aurais aussi aimé qu’il puisse nous apporter un peu plus de son expérience et peut-être aussi décharger un peu au passage, mais là encore cela collait difficilement avec le planning et le temps de traduction limitait beaucoup les possibilités de longs partages : on peut plus ou moins diviser par deux un programme lorsque tout doit être traduit en live.

En somme l’important reste le cadre :

  • Si j’avais eu des vétérans parmi les participants : nous avions décidé de faire plus de pratique et moins d’explications s’il y avait au moins un vétéran, une autre victime de guerre, ou de la famille de militaire. Dans ce cadre précis, il est important de commencer directement par de la stabilisation, et expliquer comment réutiliser les outils à tout moment, y compris pendant l’atelier.
  • Avec un public totalement orienté thérapie : ils seront plus intéressés par la théorie et la compréhension des concepts transmis, cela offre donc plus de temps pour aborder les concepts, et permet de mieux ventiler le cours, les échanges et la pratique
  • Dans tous les cas : s’assurer dès le départ, ou quand c’est possible avant l’atelier, que les objectifs soient parfaitement clairs et que tout le monde soit bien aligné avec le programme.

 

Se faire plaisir

 

Si vous aspirez à donner des formations, c’est certainement qu’il y a déjà une fibre en vous qui cherche à partager ce que vous aimez. C’est selon moi ce qui fait que parfois, et même pour les profils les plus psychorigides, on peut s’accorder à réduire un programme, l’adapter, le retourner dans tous les sens selon le public, les situations, les contraintes, afin de pouvoir toujours s’assurer de transmettre l’essentiel et de l’habiller du mieux que l’on peut suivant les possibilités. Le simple fait de prendre du plaisir et s’amuser lors des enseignements permet de faire monter le self et donne accès à votre créativité, ouvre à la curiosité de ce qui a été compris et d’où mènent les questions, et surtout c’est infiniment plus plaisant et relaxant pour votre audience.

Le fait de commencer par des stabilisations est aussi un bon moyen de vous détendre dès le départ, c’est ma façon de « tricher » pour profiter du moment pour m’occuper de moi, tout en faisant mon travail, et cela de la même manière que nous le ferions en séance avec un client.

Je reprendrai l’exemple du dernier atelier REMAP à faire en plusieurs fois avec différents publics : j’étais dans un nouveau lieu, une nouvelle salle, un nouveau public bien qu’il restait quelques réguliers, et j’étais heureusement bien ancré ce jour-là et j’étais plus dans la curiosité de ce qui allait se présenter, comment j’allais devoir m’adapter. Une abréaction dès les présentations m’a mis en difficulté car je voyais la personne se décomposer et la traductrice tardait à m’expliquer ce qui se disait. Cela a peut-être facilité la décision de la couper pour entamer dès le départ une stabilisation et en profiter pour faire une démo (avec son consentement bien sûr). Ce lien de cœur qu’offrait le Self m’a permis de naturellement me connecter à elle et poser les choses après quelques minutes à essayer 2 points jusqu’à stabilisation. Le fait de pouvoir mettre en œuvre les techniques en démo est d’autant plus encourageant et valorisant pour ce qu’on est en train d’accomplir, et c’est au final cette difficulté à surmonter qui m’a le plus aidé à grandir professionnellement et à éprouver une grande joie dans ce que je faisais.

En somme, faites-vous confiance, et faites confiance aux techniques. Si vous en doutiez, vous ne les enseigneriez pas, et si vous doutez de votre niveau de maîtrise, dites-vous que vous avez tous les outils pour rattraper le coup et sécuriser votre public. En outre ce type de pratique vous sera tout aussi bénéfique qu’avec des clients individuels et l’approche reste la même. Si les craintes proviennent du fait d’être en présentation, n’hésitez pas à aborder ce point en thérapie de fond, et vous pouvez utiliser tous les outils fournis par Iepra pour réduire ce stress (power postures, cohérence cardiaque, points REMAP, EFT, etc…).

 

Retours d’expériences en tant que thérapeute

 

Beaucoup d’expériences ont été très marquantes pour moi dans ce voyage, et certaines m’ont apporté plus d’expérience en tant que thérapeute. Je vous partage ici quelques anecdotes :

Débordement immédiat

J’ai mentionné plus haut une participante qui n’était pas en état de se présenter en début d’un atelier REMAP. Je m’étais préparé à voir des débordements si j’avais des vétérans ou des proches de militaires lors de mes ateliers, mais aucun de ceux inscrits n’ont finalement franchi le pas. Cette préparation mentale semble toutefois avoir été bénéfique avec cette psychologue alors que je m’y attendais le moins, après une semaine et demi de formations se passant sans le moindre débordement. Lors du deuxième atelier REMAP, nous venions de finir les présentations des nouveaux arrivants, quand une dernière personne est venue s’ajouter. Elle semblait contente d’être arrivée à temps et ne montrait aucun signe de stress apparent, et après quelques minutes le ‘tour de table’ était terminé et elle pouvait se présenter. Après quelques mots à peine, ayant juste eu le temps de donner son nom et en commençant à expliquer qui elle était qu’un flot de larme commençait à apparaître et tandis que ma traductrice restait concentrée, je cherchais le moyen de proposer un stop au plus vite pour stabiliser d’abord et reprendre ensuite. Je n’ai pas eu de moment de stress à proprement parler, mais j’étais gêné ne sachant pas comment lui faire comprendre mes intentions. Voyant que la traductrice restait dans l’attente et que la participante ne s’arrêtait pas, je décidai de solliciter la traductrice assez rapidement pour éviter que l’activation monte, n’ayant aucune information sur la cause ou sur ce que cela pouvait représenter pour elle.

Mon premier réflexe est généralement de proposer de masser GI4 (gros intestin 4): simple et facilement accessible avec peu d’explications, et généralement un puissant frein à la plupart des activations. Ici le point n’avait aucun impact et j’ai utilisé le temps de traduction pour l’inviter à essayer l’autre main et pendant ce temps je pouvais demander à la traductrice de demander à identifier juste l’émotion et la sensation dans le corps.

Le message ici : dans des situations impliquant une traduction sur place, n’hésitez pas à anticiper les demandes pendant une action. Sans perdre le contact avec la personne à stabiliser et en restant en lien de cœur, votre attention peut rester portée sur elle sans vous empêcher de solliciter les traducteurs, et cela permet d’éviter quelques vides dans les échanges, renforçant dans mon cas le lien thérapeutique.

Elle répondit alors que le massage ne changeait toujours rien et qu’elle ressentait une forte oppression poitrine, avec de la chaleur. Mon réflexe dans ce cas est de faire masser P6 (Péricarde 6) qui est le plus efficace en général pour cette sensation et quelle que soit l’émotion, à savoir que j’ai bien oublié de laquelle il s’agissait et que j’ai déjà eu aussi bien de la rage que de la tristesse, de l’impuissance, et toute une panoplie liée à l’oppression poitrine, P6 réduisant l’intensité dans 90% des cas. Et bingo ! En partant d’un bon 8 en intensité initiale, elle était redescendue à 4 en quelques secondes.

Le message : faire confiance aux outils et suivre les protocoles (mieux vaut donc les connaître par cœur). Etant ici l’organisateur, le seul à être formé, et donc sans option de soutien en cas de problème, j’ai eu la chance d’avoir suffisamment de self à disposition pour rester simplement confiant et laisser faire l’outil. Si cela avait été nécessaire j’aurais fait les 16 points jusqu’à la stabiliser suffisamment, ce qui aurait été chronophage mais aurait en même temps servi à tous les participants pour déjà les identifier et comprendre le protocole dès le départ. Quoi qu’il arrive, l’expérience allait apporter quelque chose et c’est cette confiance qui a grandement facilité la tâche.

En validant avec la dame que le SUD (Subjective Unit of Distress) de 4 était supportable et suffisant pour pouvoir continuer, j’ai pu terminer la première présentation en la gardant comme cobaye pour la deuxième partie (elle faisait partie des intéressés pour continuer un peu), et j’en ai profité pour introduire la technique du dos-à-dos (enseigné en TRE : en se concentrant sur soi pour monter notre Self, on offre un appui à la personne, dos à dos, apportant ainsi une corégulation sur le système dérégulé), une stabilisation incontournable dans tous mes ateliers car l’effet est le plus puissant de tous à mon expérience. En moins d’une minute son 4 avait totalement disparu et elle se sentait plus légère, prête à rentrer, et je la revis le lendemain pour l’atelier suivant — ancrée, calme, pleinement présente pour la séance de TRE.

Je n’ai pas de grand message sur cette partie, car cela rejoint le précédent. Des parts de doutes émergent régulièrement (à mon humble niveau encore un peu novice) pendant ce genre d’exercice, mais dès que la pratique commence, ces parts se mettent de côté et le simple fait de « faire » l’exercice (même si c’est souvent une part qui pilote au début) nous oblige à nous stabiliser et amène par là-même plus de Self, qui à son tour se transmet au client/cobaye.

Anecdote personnelle – laisser le corps décider quand s’arrêter

Pour les profils tendant à la dissociation comme c’est mon cas, ce sera peut-être plus parlant que pour d’autres, et j’espère que ce partage aidera aussi certains à comprendre le fonctionnement d’un système tombant facilement dans le freeze.

La première semaine s’étant terminée, j’avais donné un accompagnement personnel sur une demi-journée, 3 ateliers et de nombreuses heures passées à réorganiser le planning et les contenus en fonction des inscriptions, des changements, des inconnues, des impacts logistiques et sur le planning suite au bombardement, etc… Si j’ai tenu le cap en faisant ce qui me plaisait, le bilan énergétique était assez lourd, et je n’ai toujours pas cette rigueur qui me tienne à automatiquement faire la routine énergétique, prendre un temps de méditation chaque jour, ou toute autre routine visant à nettoyer les surplus. Au contraire je m’ajoutais une charge de faire un bilan de mes journées pour informer mes proches et j’avais encore du mal à m’organiser pour les repas, étant dans une petite chambre d’hôtel peu équipée.

Toute cette charge cumulée me disait que j’avais bien droit à un jour de repos et je me suis autorisé à ne rien prévoir ce jour-là. À ce moment je changeais de chambre, quitte à mettre un petit plus dans le prix du séjour pour avoir au moins un frigo et pouvoir souffler au moins du côté des repas. Ce à quoi je ne m’attendais pas était la décompression qui suivit, me retrouvant telle une loque clouée au lit presque du matin au soir. Ce jour-là je ne suis pas sorti de la chambre et j’ai laissé le corps récupérer en acceptant de ne « rien faire ». Une journée entière devant Netflix n’est pas dans mes préférences, mais cette fois-là le corps a dit stop et je m’y suis résigné sans chercher à forcer. Si c’est un peu frustrant et ‘encrassant’ sur le moment, j’avais au moins pleinement retrouvé mon énergie le lendemain et j’étais prêt à reprendre.

Le message ici : le corps est et reste aussi bien le support que l’indicateur de votre bien-être, comme tant d’auteurs majeurs le répètent dans leurs titres : le corps n’oublie rien[11], quand le corps dit non[12], le corps lucide[13], etc… Si votre situation le permet, écoutez votre corps et prenez parfois le temps de faire exactement ce qu’il demande : courir dans les bois, faire une petite (ou en l’occurrence une très grosse) sieste, refaire le plein de protéines ou de légumes… Juste écouter son besoin et prendre ce temps d’y répondre. Trop souvent nous attendons d’être enrhumés ou pire avant de lui accorder ce temps car notre rythme de vie est malmené par les impératifs sociétaux. Et si on remettait les besoins physiques personnels au sommet de ces impératifs ?

TRE « adaptative »

L’expérience la plus éprouvante et formatrice pour moi était mon deuxième groupe en TRE. Les séances TRE demandent un cadre assez strict pour assurer la sécurité et le bien-être de chaque participant et le contexte avec les alertes, les retards fréquents, la disponibilité changeante des lieux, etc… tout cela rendait l’organisation très difficile, le nombre de participants étant limité et l’objectif restant d’accompagner le plus grand nombre lors de mon séjour.

La première séance la semaine passée était très compliquée, le temps de traduction réduisant les possibilités, et les disponibilités de chacun me contraignant en plus à réduire la séance à 45 minutes : impossible de faire une séance correcte. Cette fois-là j’ai donc adapté les objectifs de cette « séance découverte », en limitant les participants à juste rechercher le réflexe neurogénique (le tremblement) et l’identifier pour pouvoir s’y reconnecter plus facilement. C’était un objectif ‘SMART’[14] permettant de m’assurer que chacun puisse réussir, bien que cela n’en fasse pas une séance de tremblements à proprement parler.

Le message : rester souple. Dans un cadre tendu comme un contexte de guerre, de nombreux impératifs peuvent tomber à tout moment et j’avais entre autres du personnel de la croix rouge qui avait aussi un travail démesuré et des contraintes à n’en plus finir, devant souvent écourter leur présence aux ateliers. Le comble : c’était là ma traductrice principale, ayant les connaissances et le vocabulaire le plus étendu dans le domaine ! Si l’objectif initial ne peut être atteint, cherchez les petites victoires, aussi minimes soient-elles. Cela évitera vos propres frustrations et transmettra votre sensation d’avoir atteint un objectif quel qu’il soit (boost de dopamine), votre audience vous en remerciera !

Cette deuxième séance offrait alors 1h30, le cadre était mieux défini, tout le monde était à l’heure et les instructions avaient été partagées et traduites au préalable via un groupe Telegram. 15 minutes ont suffi à remettre l’accent sur les mesures de sécurité, et nous nous sommes assurés que chacun confirme ne pas vivre quelque chose de particulièrement difficile à ce moment, de ne pas avoir d’activation particulière – ce n’est pas un problème, mais le savoir me permettait de porter plus d’attention à ceux ayant des besoins exacerbés, en cas de stabilisation d’urgence. Je pensais notamment à la personne que j’avais stabilisée la veille sans avoir fait un travail de thérapie pour autant.

Les exercices ont pu commencer, tout se déroulant dans les temps, alleluia ! La mise en tremblements se passait à merveille, certains ayant plus de difficultés, certaines consignes étant mal comprises, mais en restant patient certains trouvent leur voie naturellement et un conseil subtil glissé ici et là suffisent à ajuster la compréhension de tous là où c’est possible, tout se déroulait presque trop bien. Tout à coup, une nouvelle participante arrive et fait mine de vouloir rejoindre, demandant où se placer. Dans une énergie de groupe et sur un réflexe touchant à la sécurité, il est hors de question d’intégrer à tout moment une nouvelle énergie, sans compter qu’elle n’avait pas pu faire les exercices : comme mentionné dans le groupe il est impossible de rejoindre une séance TRE en cours. Première difficulté, faire comprendre discrètement à quel point j’étais désolé qu’elle ne puisse pas rejoindre et qu’elle soit venue sans pouvoir participer, mais tout en restant très ferme sur l’interdiction de venir troubler l’énergie du groupe. Plus tard, cette personne souhaitait rejoindre le temps d’intégration (qui comme on le verra était assez limité), et il fallait de nouveau rester très ferme sur ma position, interdiction de perturber ce moment !

Le message : rester ferme sur le cadre. Tout comme le respect du cadre est crucial en thérapie individuelle, il est d’autant plus important lorsqu’on travaille en énergétique sur un groupe car la sécurité du groupe implique la sécurité individuelle de chaque participant, et toute perturbation peut avoir un effet domino. Ici l’introduction d’une nouvelle personne et l’accompagnement individuel pour permettre de pratiquer était non seulement impraticable, mais cela aurait aussi signifié un abandon de tout le groupe ainsi qu’un risque non négligeable pour des personnes ayant déjà par définition un profil à risque d’abréaction.

Subitement, ma traductrice s’éclipse une minute et revient m’annoncer que la salle était réservée pour un entraînement d’aikido et que nous perdions 30 mins sur la fin car la communication de notre atelier n’avait pas été bien passée. Cela nous laissait tout juste 10 mins pour terminer et donc : rester en lien avec le groupe et vérifier la sécurité, rester ancré, trouver une solution pour finir la séance, trouver un moyen dans tout ça d’assurer que cette seule séance TRE puisse offrir un maximum d’expériences aux participants malgré tout. Après quelques secondes de freeze, je repris une grande inspiration car retrouver mon ancrage reste la priorité dans ce type d’atelier. Nous avions déjà tremblé 10 ou 15 minutes et j’avais juste prévu une pause (technique pour stopper les tremblements temporairement et laisser le corps récupérer) un peu avant de finir. Je laissais alors la pause se faire, la traductrice expliquer qu’il restait 5 minutes et qu’une reprise était possible quand chacun le sentirait, laissant 3 minutes d’intégration et 2 minutes pour ranger la salle. Une séance TRE se termine par un débriefing, et nous pouvions le faire dehors, potentiellement dans un petit café juste à côté de la salle. Un de ces petits moments de stress devenus presque habituels là-bas, très formateurs pour la prise de décisions rapides !

Le message : à nouveau, rester souple, mais en mettant l’accent sur le besoin de rester ancré dans le Self. Ici la sécurité du groupe passait par le fait d’avoir un praticien calme et apte à accompagner tout besoin. Le cadre devait rester ferme, pas d’intrusion, mais la forme pouvait encore être revue. Aucun problème à faire un debrief à l’extérieur, mais le plus important était de permettre un cadre calme jusqu’à la fin de l’intégration. Cette réadaptation a permis de répondre à toutes les contraintes, et n’aurait peut-être pas été aussi évidente si la réflexion s’était faite depuis un état de freeze (déconnexion du groupe, perte de repères, perte de temps et activation de l’organisatrice ne sachant pas quoi faire) ou de sympathique (« non mais c’est inadmissible, on avait réservé, il faut qu’ils repoussent l’entraînement, nous c’est plus important »).

TRE brûlante

L’intégration de la séance TRE étant terminée, le débriefing a pu faire place à de nombreuses questions pratiques car nous avions le temps, et des ressentis globalement similaires : « des tensions dans le bas du dos qui ont disparu », « un sentiment de tension émotionnelle difficile à décrire et omniprésent, désormais fortement réduit », « un regain de mobilité dans l’épaule », etc… mais une personne restait silencieuse. Je l’invitais donc à partager au moins si elle se sentait bien ou avait besoin de stabilisation. Cette simple attention, sans la forcer à partager son vécu, est ce qui l’a ouverte à s’exprimer malgré la difficulté initiale : à chaque départ de tremblement, elle sentait des brûlures parcourir son corps et devait faire un stop (blocage total des tremblements) pour se préserver, comme préconisé au départ pour ces situations. Et elle essayait encore et encore, toujours avec le même résultat mais sans jamais en faire part : de mon point de vue, elle était en train de chercher le réflexe et avait juste besoin de temps. Elle soupirait fortement assez fréquemment, et puisqu’elle n’avait pas manifesté d’activation quand c’était demandé, cela aurait pu être dû à un estomac trop rempli, un souci lié à l’embonpoint, ou autre. Et elle avait en tout cas maintenant un fort besoin de stabilisation.

Le message : rester ouvert à la possibilité d’avoir des écarts, sans les attendre systématiquement. Un système fortement activé et habitué à « devoir être fort » (le mot d’ordre pour la plupart des gens survivant à la guerre, ici depuis 3 ans et demi, mais tout aussi possible sans la guerre) aura du mal à accepter de dire « je vais mal aujourd’hui », car ce sentiment est pris dans un flot constant, et noyé dans la croyance que ces souffrances sont insignifiantes car celles des autres sont pires. Bien sûr y être préparé et s’y attendre sont deux opposés, car si c’est parfaitement logique de pouvoir avoir ces cas, rien ne dit que cela doit être systématique (et alors c’est une part de nous qui scruterait les signes, ouvrant à de la mésinterprétation). Ainsi, pas de surprise, et juste laisser le Self prendre les informations et y répondre en restant en lien.

Afin de gagner un maximum de temps (car il fallait clôturer sous peu), et pour qu’elle ne soit plus « vue » par le reste du groupe car cela la gênait fortement, je propose un dos à dos en l’isolant derrière moi au bout de la table, lui offrant un espace plus calme et tout en lui apportant toute mon attention. Très rapidement, cela permet une décharge émotionnelle avec un flot de larmes et je laisse faire un peu plus de 5 minutes, sentant déjà un léger relâchement. Le SUD ? baissé de 10 à 8, ce qui est surprenant et indique une résistance au fait d’aller mieux malgré le déchargement. Je propose alors de la cohérence cardiaque pour agir sur le nerf vague directement, et cela remonte le SUD presque immédiatement, forçant à arrêter tout de suite. GI4 n’apporte pas plus de soulagement, et les méthodes « rapides » ayant du mal, je demande le soutien de ma traductrice pour juste cibler les sensations, indiquant une forte brûlure au plexus. J’invite mécaniquement à masser P6, et là encore aucun résultat. Je ne me décourage pas mais cela indique une problématique probablement assez large et avec plusieurs aspects à prendre en compte. J’invite alors à clôturer la séance pour que ceux qui voulaient partir ne soient pas retenus, et avec l’accord de ma traductrice je propose de prendre un peu plus de temps de stabilisation pour pouvoir demander un peu de contexte.

Je tente une nouvelle approche avant de poser plus de questions, suivant une intuition, je propose de poser ma main sur son épaule. Elle ne savait pas trop ce que ça changerait, et je propose alors d’approcher très doucement et qu’elle pourrait dire stop à tout moment. Arrivé sur l’épaule, elle propose d’aller plutôt dans le dos, puis de descendre un peu, jusqu’à atteindre le milieu des vertèbres thoraciques. À ce moment un grand souffle se libère, quelques larmes reviennent plus discrètement mais étant visiblement plus gérables, et elle pouvait alors s’exprimer. Cette personne venait de perdre un ami d’enfance très proche, après un certain temps sans nouvelles de lui alors qu’il était au front. Elle était dans une étape encore très précoce du deuil, avec de nombreuses émotions qui s’entrechoquaient, de la rage contre les Russes, de la tristesse, impuissance, de la honte…

Le message : on pourrait tirer plusieurs messages ici, mais pour moi le plus touchant était celui-ci, en cas de difficulté, suivre son intuition et écouter son corps. Un protocole froid et mécanique m’aurait dit de continuer de chercher des indices et de masser tous les points, ce qui aurait certainement été efficace pour quelqu’un qui n’est pas thérapeute, mais aussi certainement plus long. Mon ressenti avec cette personne était empreint de tristesse et d’un manque indescriptible, je ressentais comme un appel à la compassion mais surtout au contact humain, et ma main voulait naturellement se poser sur son épaule, ce qui après un peu de recherche a mené à trouver LE point à tenir, et il fallait que ce soit une main extérieure, une chaleur humaine au bon endroit, et un retour d’ocytocine qui semblait être le plus manquant. Le dos à dos ouvrant la voie aux larmes était déjà un bon indicateur du besoin de contact humain, et sa demande d’une embrassade (hug) avant de se quitter n’a fait que le confirmer. Aucune technique ne remplace le contact humain ou ne simule un flot d’ocytocine, et c’est pourquoi la communauté thérapeutique a beaucoup à gagner à renouer avec cela (banni pendant bien longtemps et encore souvent boudé, notamment en psychanalyse si j’ai bien compris).

Avec tous ces éléments en main, la difficulté de traduction et le temps limité à disposition, je décidai d’une stabilisation en EFT avec les éléments en main. Sélection des points pour parcourir toutes les émotions, sensations et CN citées, quelques mélanges pour couvrir les émotions interconnectées, bien reconnaître les émotions prédominantes comme la colère (on est passés près du volcan[15], mais étant dans un café public j’ai préféré éviter). Et là enfin, 3 rondes EFT mouvementées et le SUD était enfin tombé à 3-4. La nouvelle étant toute fraîche et le deuil à ses tout débuts, c’était pour moi déjà un grand succès (surtout au vu de toutes les contraintes et du cadre défavorable) et cette dame était « suffisamment » stabilisée pour pouvoir rentrer chez elle.

Le message : en stabilisation d’urgence hors thérapie, la méthode la plus longue peut parfois être la plus rapide. Je manque peut-être encore d’expérience, mais dans cette situation, chaque tentative de ‘rapidement’ stabiliser la personne n’avait que des impacts très limités. À vouloir faire un bandage sur une plaie plutôt qu’une opération et pouvoir revenir au reste du programme de la journée, je n’avais que très peu aidé cette personne. Outre le contact physique qui a pu libérer pas à pas tout ce qui avait besoin de sortir, c’est finalement un ciblage rapide et quelques rondes EFT qui ont permis une véritable stabilisation en touchant à tous les aspects en jeu. Ma lubie de chercher l’efficacité chirurgicale en REMAP m’avait ici mené dans un cul de sac car la chirurgie devait s’opérer sur de nombreuses plaies, et une approche plus globalisante était la seule à pouvoir donner un résultat rapide et « suffisant ».

Cette expérience est celle qui m’a le plus touché, tant par la puissante retenue pour éviter de laisser déborder ses émotions, masquée dans de l’agacement (soupirs très forts et récurrents) que ne reflétait pas son discours, que par la profondeur de sa tristesse de la perte d’un être très proche dans ce contexte absurde de conquête territoriale, ou encore la puissante rage qui entourait cette absurdité. Pour être honnête j’étais au début un peu agacé par ses soupirs, et c’est en prenant conscience de cet agacement que j’ai commencé à porter mon attention sur elle, curieux de savoir ce qui l’affectait autant que de comprendre ce que cela venait toucher chez moi. Je pense que c’est surtout ce déclic, cet agacement transformé en curiosité, qui m’a permis de lui ouvrir un lien de cœur à cœur et d’offrir l’espace dont elle avait besoin pour pouvoir s’ouvrir à son tour et se laisser accueillir.

 

Application de nos techniques en situation réelle de bombardement

 

Ce chapitre a pour but de partager une expérience en situation réelle afin de montrer à quel point nos techniques de stabilisation[16] peuvent être puissantes lorsqu’elles sont utilisées au bon moment, en particulier en situation potentiellement traumatique. Tout étudiant Iepra a (déjà dès la première année) forcément déjà expérimenté l’efficacité des techniques pour de la stabilisation ou de la résolution de trauma, à minima lors de la thérapie personnelle, mais l’idée ici est de se dire : « et si on avait les bons outils au bon moment ? À quel point cela peut-il prévenir des symptômes de stress post-traumatiques ? ».

 

La nuit DU bombardement

 

Si les précautions que j’avais prises (hôtel en périphérie, lit éloigné des vitres, chambre à au moins un étage d’écart du toit…) me rassuraient en général face aux risques de chutes de drones ou d’être visé par un missile, et qu’à ma grande surprise cela (combiné à la grande fatigue des journées de formation) m’a évité d’entendre les batteries anti-aériennes abattre des drones dans le quartier où je logeais, la nuit du 24 Avril a changé la donne.

Autour de 3h du matin, un tremblement du sol et le résonnement d’une explosion me réveillent en panique, mon corps ayant identifié la menace avant que je puisse y mettre une compréhension quelconque. La Russie lançait son attaque la plus meurtrière de l’année sur Kiev jusque-là avec une dizaine de missile et des centaines de drones[17],[18],[19]. Mon raisonnement pour me procurer un maximum de sécurité avait certes payé, mais l’onde de choc de chaque impact de missile ou le fait de les voir pleuvoir et exploser en touchant le sol, même de « relativement loin », cela éveille indubitablement de la peur voire de la terreur, que le corps exprimait dans mon cas par des palpitations et un puissant freeze, entre me demander quoi faire maintenant et le cerveau qui coupe toute possibilité de réflexion. Même si je m’étais préparé à cette éventualité et si je me savais moins à risque qu’au centre-ville, mon SNA (Système Nerveux Autonome) avait identifié une situation de vie ou de mort, le fait de le vivre change tout (en photo la vue depuis mon hôtel au moment du 2ème impact sur les 5 impacts que j’ai pu apercevoir).

 

<H3>Quick REMAP</h3>

 

Lorsqu’on répète de « faire confiance à nos outils », cette expérience m’a permis de mettre en évidence à quel point, avec notamment le massage de GI4 qui en général a peu d’effet sur moi voire aucun. Comme c’est le premier que j’enseigne en général dans les cours de stabilisation, c’est le premier qui me soit venu à l’esprit sans (pouvoir) réfléchir, et qui avec une grande efficacité m’a rapidement sorti de la stupeur en baissant le niveau de stress global. J’ai pu sentir une énorme différence dans la contraction des intestins, mais aussi dans la sortie d’une sensation d’enfermement au niveau du plexus solaire, la respiration pouvant reprendre presque normalement. J’ai alors pu reprendre mes esprits et vérifier sur les réseaux Telegram ce qui restait encore de l’attaque, tout en m’éloignant des fenêtres (mon premier réflexe au réveil était de regarder par la fenêtre ce qui se passait, pas la meilleure idée en soi mais cela a permis de filmer quelques « preuves » de ce qui s’y est passé) et en me préparant à filer au sous-sol si besoin.

 

TRE/ shaking

 

En quelques minutes le mal était fait et les prochaines attaques étaient estimées au plus tôt 3 à 4h plus tard. Je me savais donc en « relative sécurité », mais les palpitations ne s’apaisaient pas, l’état de panique physique restant bien présent. Ayant conscience du « retour à la sécurité », j’ai à nouveau suivi les enseignements que j’ai apporté à Kiev, à savoir laisser le corps trembler aussi tôt que possible, et j’ai donc fait 3 à 5 minutes de TRE (la technique de shaking en SEB utilise le même mécanisme de tremblements neurogéniques mais est appliqué en thérapie) qui ont alors suffi pour que ce reste de panique s’évapore. Les palpitations se sont totalement arrêtées et le retour au calme était suffisant pour me dire que d’ici je ne pouvais rien faire pour les victimes (à une dizaine de km) et que j’avais donc tout intérêt à me recoucher pour être productif le lendemain.

EFT

 

Ne sachant pas trop si j’étais juste assommé par la fatigue ou encore un peu sonné de l’attaque, j’ai également fait une ronde rapide de SET (Simple Emotional Technique, simplement tapoter les points EFT sans rien dire) par sécurité et je me suis endormi la minute qui a suivi, parfaitement détendu.

Synthèse de la stabilisation

Par chance je découvris le lendemain qu’aucun de mes contacts ou de mes ‘étudiants’ n’a été directement touché, et si j’étais un peu nerveux de ce que j’allais découvrir en ville (rien sur mon chemin, je rappelle que Kiev est immense), j’avais plutôt une énergie haute de motivation pour utiliser ce momentum comme une opportunité de faire vivre un déchargement le plus efficace et bénéfique possible avec la séance TRE en groupe.

En conclusion, on peut donc dire que la stabilisation a été hautement efficace, avec une réduction visible des symptômes et une stabilisation totale extrêmement rapide. En résumé pour les différentes étapes :

  • Pendant l’évènement traumatique (les bombardements) : stabilisation rapide en REMAP
  • Dès le retour de la sécurité : TRE jusqu’à réduction des tremblements / des symptômes
  • En cas de doute et pour couvrir tous les aspects résiduels possibles : rondes EFT / SET suivant le besoin et la conscientisation de ‘ce qui reste’

NB : À l’heure où je rédige cet article, Kiev a traversé ses plus violentes attaques de toute la guerre : des dizaines de missiles et plusieurs centaines de drones sur tout le territoire par vagues successives. J’ai donc évité de peu un paysage cauchemardesque d’un tout autre niveau (aperçu à droite), et j’espère que les outils fournis ont déjà pu faire leur effet chez un maximum de gens entre mes ‘élèves’ et leurs clients…

 

Observations & Impressions

 

Ce chapitre est un simple recueil d’observations personnelles, des partages ne constituant en rien un jugement des personnes que j’ai pu rencontrer mais dans le but d’essayer de poser et partager un regard clinique sur l’évolution d’une population en situation de guerre, tout en espérant que cette situation ne s’étende pas sous peu jusqu’à nous.

 

Avec les vétérans

 

Comme on peut l’imaginer, les vétérans, de par leur expérience du terrain, sont par définition des victimes d’expériences traumatiques, et selon leur degré d’exposition (coordination logistique, positions au front en tant que médecin ou combattant, etc…) et leur type d’attachement, les profils pourront varier du tout au tout. J’ai eu assez peu d’interactions avec du personnel militaire, mais voici déjà quelques impressions entre les échanges et les faits rapportés.

Pour le peu d’informations que j’aie pu avoir, on dénote majoritairement parmi les hommes des profils très hautement dissociés, montrant peu d’émotions, et habitués à « devoir être forts, capables de tout subir ». Pour exemple en situation de détention, c’est pour certains « un peu effrayant d’entendre les hurlements des autres, les russes s’assurant que tout le monde puisse les entendre, mais finalement quand ils commencent à nous battre ce n’est pas si terrible, on se dit qu’on est toujours vivants ». La résistance à la torture provient me semble-t-il très majoritairement du niveau de dissociation que la personne va pouvoir atteindre, permettant de faire abstraction de la souffrance physique et de « juste attendre que ça passe ». Ce type de témoignage est d’autant plus frappant lorsqu’on a pu discuter avec la personne un peu avant et la voir même esquisser quelques sourires.

A contrario, d’autres personnes moins dissociées montraient plus de signes de SSPT évident, avec une attitude ‘désorganisée’ : parfois très renfermées et d’autres fois très ouvertes et avec une énergie plus explosive. On me rapportait aussi un nombre important d’addictions et un taux de suicide élevé qui restent problématiques chez les vétérans, marquant un besoin d’accompagnement loin d’être suffisamment en place. Un commandant m’a également partagé que bien souvent les personnes qui sont engagées sans bien comprendre la raison de leur présence au front ont une espérance de vie très courte en comparaison de ceux qui se savent au combat pour protéger leurs terres et leurs familles et vont avoir plus de ressources pour survivre à tout prix.

J’ai pu croiser dans les bus pour me diriger en ville des vétérans qui faisaient la manche et s’ils semblaient parfois un peu collants pour avoir ce qu’ils voulaient, certains avaient aussi simplement besoin de contact humain, d’échanger dans la mesure de la barrière de la langue. Lorsque je disais ne pas donner davantage d’argent car j’étais un bénévole autofinancé, ils n’insistaient pas et étaient simplement curieux. Ils auraient pu continuer leur ronde et je ne doute pas qu’ils avaient besoin de récolter plus, mais préféraient poursuivre la conversation avec un humain qui essayait tant bien que mal de se faire comprendre et en leur portant de l’intérêt. Je pense que cela nous rapproche aussi de la mendicité chez nous, où on voit parfois (en tout cas à Luxembourg) de violentes abréactions face au rejet voire la déshumanisation à laquelle ils sont exposés.

 

Avec les psychologues (volontaires…)

 

Un fait marquant pour moi chez les accompagnants que j’ai pu avoir en ateliers était surtout la difficulté à prendre conscience ou peut-être juste à exprimer leur état du moment, comme par exemple pour le cas présenté plus haut suite à la séance de TRE. Cela rend les accompagnements plus délicats dans le sens où il faut rester conscients en permanence que la dissociation est présente à de nombreux niveaux, par exemple : « pour les alertes on est habitués, on sait comment réagir quand il le faut maintenant, c’est devenu quelque chose de normal ». Ce besoin de rester forts pour simplement survivre aux déclencheurs de stress est probablement un aspect du problème, banalisant le danger et empêchant d’être en contact avec des émotions qui sont présentes mais juste bien couvertes, en tout cas aussi longtemps que le système de la personne permet de tenir (parfois ce sera alors le corps qui devra indiquer le niveau de stress – psoriasis, fibromyalgie, autres maladies auto-immunes, allergies, etc…).

 

Vers un accompagnement post-traumatique durable

 

Ces outils ne prétendent pas tout résoudre, mais ils offrent une base solide pour un accompagnement post-traumatique respectueux du rythme de chacun.

J’ai aussi lu récemment que dans des situations de guerre, les gens exposés ont souvent beaucoup de honte à parler de leurs problèmes, car chacun a conscience de la souffrance des autres et finit souvent par sous-estimer la violence de ses propres difficultés, pensant « ah oui mais lui a perdu des membres plus proches de sa famille, untel a perdu ses jambes, elle a perdu plus d’amis, etc… », ce qui minimise le besoin de soutien par rapport aux autres et empêche le partage et la demande de soutien, qui restent essentiels, quelle que soit l’intensité de l’émotion.

 

Conclusion

 

J’ai essayé de dédier cet article à un public thérapeutique averti, formé ou non aux méthodes enseignées chez Iepra, et en cherchant à partager au mieux les enseignements que m’ont apporté ce voyage (certains diront au péril de ma vie, bien que je garde le sentiment d’avoir bien mesuré le risque et m’être sécurisé en tout point autant que possible).

J’espère que ces quelques retours permettront de vous aider dans votre pratique, peut-être vous aiguiller si vous souhaiter donner des formations et quel que soit le contexte, peut-être aussi vous aider à relativiser et retrouver du Self plus facilement dans des situations difficiles en thérapie ou en dehors. Bref j’espère que dans toutes ces lignes une partie de ma courte expérience de volontariat aura pu vous enrichir d’une quelconque façon.

 

Ce témoignage montre à quel point les outils enseignés chez IEPRA peuvent être adaptés à des réalités extrêmes, et contribuer à un accompagnement post-traumatique profondément humain et ancré dans le corps.

👉 Nous proposons des formations pour thérapeutes en situation de crise, intégrant EFT, REMAP, SEB, TRE et d’autres approches somato-cognitives, afin de répondre aux besoins d’un monde en mutation.

Nous remercions chaleureusement Mickael Fromeyer pour sa générosité et son courage. Chez IEPRA, nous sommes convaincus que ces outils simples, lorsqu’ils sont bien transmis et intégrés dans une posture humaine et sécurisante, peuvent devenir de véritables bouées de sauvetage.

Ce texte illustre parfaitement ce que nous cherchons à transmettre à nos étudiants : la capacité à s’adapter, à rester en lien avec le Self, à maintenir un cadre même dans l’imprévisible… et à faire confiance à la puissance du corps et à la relation.

 

👉 Découvrez nos formations spécialisées en EFT, SEB (TRE Remap sont vus dans la formation SEB), (liens) ainsi que notre formation d’accompagnement du trauma adaptable pour thérapeutes en situation de crise.

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Paris

[2] https://www.theguardian.com/world/2024/dec/25/russia-christmas-day-attack-ukraine-energy-system

[3] https://www.theguardian.com/world/2025/may/19/ukraine-war-briefing-more-russian-drones-than-ever-attack-before-trump-putin-call

[4] https://www.iepra.com/eft-clinique-integree

[5] https://www.iepra.com/quick-remap

[6] https://www.youtube.com/watch?v=bM3mWlq4M8E

[7] https://www.youtube.com/watch?si=1FRwtCIfMY4x_RZW&v=mTpwWtIDOsU&feature=youtu.be

[8] Notion en IFS : Votre Self, ou ‘qui vous êtes lorsque vous êtes centrés, au calme’, dirige vos actions même en présence de parts de vous portant des émotions plus ou moins fortes

[9] Tension & Trauma Release Exercises : https://treglobal.org/

[10] J’utilise ici EFT par abus de langage, j’ai considéré pendant tout le voyage l’approche de l’EFT clinique (cf définitions IEPRA)

[11] “The body keeps the score”, Bessel van der Kolk

[12] “When the body says No”, Gabor Maté

[13] “The lucid body”, Fay Simpson

[14] https://fr.wikipedia.org/wiki/Objectifs_et_indicateurs_SMART

[15] https://blog.iepra.com/quels-sont-les-apports-concrets-de-left-dans-votre-pratique/

[16] https://blog.iepra.com/differences-eft-remap-seb/?_ga=2.245339340.899411695.1749050640-1041368602.1749050640

[17] https://www.bfmtv.com/international/asie/russie/la-russie-a-lance-une-attaque-massive-de-drones-et-de-missiles-sur-kiev-en-ukraine_VN-202504240790.html

[18] https://edition.cnn.com/2025/04/24/world/video/ukraine-russia-kyiv-attack-peace-talks-ldn-digvid

[19] https://www.france24.com/fr/europe/20250424-en-direct-guerre-en-ukraine-plusieurs-morts-dans-une-attaque-de-missiles-russes-sur-kiev


 

Prochaines activités

 

SEB niveau 2 (en ligne)
25-25 Nov. 2025 : [plus d’informations]

SEB niveau 1 (en ligne)
27-28 Jan. 2026 : [plus d’informations

Réflexes Archaïques niveau 1 (Bruxelles)
30 Jan.-01 Fév. 2026 : [plus d’informations]

Hypnose Formation de Base – niveau 1 (Bruxelles)
03 & 04 Fév. 2026 : [plus d’informations]

SEB niveau 2 (en ligne)
09-11 Mars 2026 : [plus d’informations]

Réflexes Archaïques niveau 2 (Bruxelles)
27 – 29 Mars 2026 : [plus d’informations]

Hypnose Formation Avancée – niveau 2 (Bruxelles)
21 & 22 Avr. 2026 : [plus d’informations]

SEB niveau 3 (en ligne)
11-14 Mai 2026 : [plus d’informations]

Formation en Préparation Mentale
[plus d’informations]

AGENDA de nos activités

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